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Category : Revue de presse

Louis-Pierre Bougie > Revue de presse
11Nov

Exposition d’estampes québécoises à BAnQ – L’estampe : un art qui reprend ses droits

Caroline Montpetit , Le Devoir
Publié le 7 mai 2010

Exposition d'estampes québécoises à BAnQ - L'estampe: un art qui reprend ses droitsIls élaborent d’abord leur œuvre, conçue à l’envers, sur une matrice. Puis, ils sont libres de tout ajouter, tout retrancher. Les artistes de l’estampe du Québec sont au cœur d’une importante exposition qui prend l’affiche le 11 mai à la Grande Bibliothèque et au Centre d’archives de Montréal, rue Viger. On y retrouve quelque 200 œuvres, de 88 artistes.

En principe, on a regroupé ici des estampes réalisées à partir de 1980, à l’exception d’une petite introduction consacrée aux années 1960, un âge d’or de l’estampe au Québec selon le commissaire de l’exposition, Gilles Dagenais.

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11Nov

CNE – DES ESTAMPES PLEIN LA VUE

Christiane Laforge, Progrès-dimanche, Les arts
Publié le 3 février 2008
 
JONQUIÈRE – La gravure actuelle se porte bien. Le Musée national des Beaux-Arts du Québec en fait une éloquente illustration en réunissant une centaines d’oeuvres des quatre lauréats du Prix de la Fondation Monique et Robert Parizeau au Centre national d’exposition de Jonquière.

Oui, j’ai succombé au charme du travail réalisé par Louis-Pierre Bougie. Son long et prestigieux parcours, sa science des livres d’artistes sont au service d’un ensemble d’estampes et de textes de grande séduction. Les mots poétiques et le dessin font un heureux mariage. Bougie le démontre magistralement. C’est raffiné. De véritables bijoux sur lesquels le regard se perd avec ravissement.

Ce qui n’exclut pas l’intérêt réel que suscitent le travail de Ludmila Armata de Pologne, d’Elmyna Bouchard de Jonquière et de Francine Simonin de Suisse.

Puisant dans la tradition de la gravure polonaise, Armata mise sur la forme expressive. La simplicité du trait allié au mouvement qu’elle maîtrise confère une force suggestive à ses estampes.

Francine Simonin s’exprime par le corps. D’origine Suisse, établie à Montréal depuis 1968, l’artiste, membre du Conseil québécois de l’estampe, a enseigné à l’Université du Québec à Trois-Rivières jusqu’en 1994. Elle participe à de nombreux séminaires tant au Québec qu’en Suisse. Ses estampes débordent d’un dynamisme qu’elle amplifie en larges traits, pinceau et encre se complétant en compositions navigant entre l’abstrait et le figuratif. On éprouve la sensation de traits surgissant librement sous l’effet d’une émotion, sans contrainte et pourtant maîtrise, éclatés et malgré tout retenus.

Bardée de prix prestigieux, la Saguenéenne Elmyna Bouchard a également sa propre façon d’aborder la forme. La plus ludique des trois, pourrait-on dire, peut-être très inspirée par l’enfance, a la main légère. Son travail ciselé en finesse démontre une artiste qui a avidement exploré les multiples aspects de son art. Rappelons que cette bachelière de l’UQAC a été lauréate de plusieurs biennales du dessin, de l’estampe et du papier du Québec.

« Actualité de l’estampe au Québec » est une exposition incontournable. Le regard savoure et retrouve tout le plaisir de cet art qui, le siècle dernier, a fait six ou sept fois l’objet d’une Biennale du dessin, de l’estampe et du papier au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

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16Août

LOUIS-PIERRE BOUGIE : HORIZONS INCERTAINS

Le Soleil de Québec
Publié le 16 août 2011
 
L’horizon penche et bascule, dans les plus récentes oeuvres de Louis-Pierre Bougie. Toujours peuplées de bonshommes mi-gouttes d’eau mi-feuilles, les gravures et les toiles hybrides de l’artiste sont exposées sur les murs de la Galerie Lacerte jusqu’à la fin du mois.
L’exposition Horizons incertains porte bien son nom. On ne sait trop si les peuplades de Louis-Pierre Bougie se lovent en apesanteur ou sont écrasées par le poids du monde. Elles dégringolent, se nouent, se régénèrent avec une surprenante souplesse. Avec une certaine tristesse aussi, amenée par les gris, les bleus délavés et les kakis. Lorsqu’il en parle, Bougie compare ses humains aux feuilles, et souligne que les deux entités suivent le cycle des saisons. Naissance, vie et mort : l’éternel recommencement.

L’aile droite de la galerie accueille des oeuvres composites, faites de languettes de papier collées une à une, comme pour former une courtepointe aux coutures invisibles, peintes à l’acrylique puis passées sous presse. Selon la densité de la peinture, des zones opaques ou semi-transparentes sont créées. L’artiste les retouche parfois au pinceau, notamment en ajoutant du blanc, qui donne une belle luminosité aux compositions plus glauques. «C’est une sorte de figuration tapissée, si on veut», indique-t-il.

Vues de loin, les oeuvres semblent presque abstraites, mais vues de près, elles fourmillent de personnages, d’objets rocheux (qui ont quelque chose du monolithe, mais du robotique, aussi) et de petites scènes. Nées à la suite d’un séjour au studio du Québec à Buenos Aires (en 2007), les oeuvres tiennent autant de la mosaïque que de la tapisserie friable.

Dans l’aile gauche, on a placé quelques toiles, mais surtout trois magnifiques eaux-fortes : Ciel perforé, L’arbre noir et une oeuvre sans titre. On reconnaît le talent du graveur qui a inspiré nombre d’artistes (dont la chorégraphe Dominique Dumais et le romancier Hugues Corriveau). Toutefois, lorsqu’on lui en parle, Louis-Pierre Bougie chasse ces souvenirs de la main… On ne contrôle pas ce qu’on inspire aux autres.

Clou de l’expo

Le clou de l’exposition, si on peut dire, est une oeuvre intime, le livre d’art Les mots griffonnés, qui comprend des textes de Michel van Schendel. «C’est un texte qu’il m’a donné avant de mourir, pour mon anniversaire, raconte Bougie. Il n’a jamais vu les gravures.» Torturés, dramatiques, les images et les mots nous happent. Quel dommage que cet art ne trouve pas davantage grâce aux yeux des collectionneurs d’ici.

Dans sa forme, l’exposition est similaire à Absence de bruit, que Bougie présentait à Lacerte en 2005. Un seul regret : on aurait bien aimé qu’elle comporte quelques sculptures de l’artiste, des tours faites de clous de chemin de fer. La prochaine fois, peut-être…

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16Déc

LE GOÛT DU NOIR

Le Progrès Villeray – Parc Extension
Publié le 16 décembre 2009
 
Plusieurs grands artistes ont créé des chefs-d’œuvre en gravure à travers l’histoire: Rembrandt, Goya, Matisse, Picasso… Montréal compte aussi de grands artistes graveurs, dont le talent exceptionnel mérite d’être célébré. C’est pourquoi la maison de la culture de Villeray–St-Michel–Parc-Extension a réuni sept d’entre eux à l’occasion de l’exposition Le Goût du noir, présentée jusqu’au 10 janvier 2010.

Vous pourrez voir des œuvres de Stéphanie Béliveau, Louis-Pierre Bougie, Jean-Michel Cropsal, Catherine Farish, Charlotte Fauteux, Denis Saint-Pierre et François Vincent.

Le noir, couleur essentielle à la gravure
Le thème de l’exposition n’évoque pas le côté sombre de la vie, mais bien le noir comme couleur essentielle à l’expression de la gravure. Car, bien que la gravure postmoderne s’imprime en plusieurs couleurs, cette toute nouvelle exposition s’attarde plutôt à la quintessence de la gravure : l’impression du noir.

« Nous vous invitons à contempler chacune des gravures présentées dans le cadre de cette exposition unique à Montréal, parmi elles, vous reconnaîtrez de grandes œuvres d’artistes locaux très talentueux ! », souligne le maire de l’arrondissement, madame Anie Samson, au nom des membres du conseil.

Sept artistes ont répondu à « l’appel du noir »
Les gravures de Stéphanie Béliveau, à l’instar de sa production peinte ou dessinée, tiennent leur force dans leur dépouillement et leur vérité. Les figures à la fois massives et vulnérables qui composent ses images évoquent le dénuement, l’isolement, une certaine condition humaine douloureuse. L’artiste a produit à ce jour de nombreuses expositions solos. Elle participe régulièrement à des expositions collectives et diversifie sa production à des illustrations pour des affiches et des livres pour enfants.

Partout dans l’œuvre de Louis-Pierre Bougie, le corps est une fragile évocation de l’impermanence. Opaques ou diaphanes, les figures qu’il fait naître semblent captives d’un rêve où se joue l’amour, la vie et la mort. Louis-Pierre Bougie a à son actif plus d’une cinquantaine d’expositions collectives en Europe, aux États-Unis et au Canada. Il a également réalisé des livres d’artistes et ses œuvres font partie de collections importantes (Musée du Québec, Bibliothèques nationales du Québec et du Canada, Banque Nationale du Canada, Bibliothèque nationale de France, etc.).

L’œuvre de Jean-Michel Cropsal est marquée par la petite ville portuaire marocaine d’Essaouira. Paysages marins, jetées, fouillis de barques, fortifications, rochers fouettés par les vents nourrissent l’imaginaire de l’artiste. Sa capacité de sublimation du figuratif en une sorte d’alphabet visuel intime est soutenue par une saisissante maîtrise des outils de la gravure. Né et grandi au Maroc, il travaille ensuite en France dans le théâtre (décors et costumes), puis émigre à Montréal en 1975. Il collabore avec le Théâtre de carton, le Théâtre Ubu et Dance-cité et conçoit et réalise des vêtements qu’il expose notamment au Salon des métiers d’art du Québec. Toutes ces années, il peint, dessine, grave et expose en groupe ou en solo. On retrouve ses oeuvres dans plusieurs collections publiques et privées au Canada et en France.

Le travail de Catherine Farish est ancré dans la spontanéité et dans l’émotion du moment. Son œuvre, que l’on pourrait associer au mouvement de l’abstraction lyrique, se dévoile à la manière d’un journal de bord laissant filtrer des émotions, des humeurs, des états d’inquiétude et de grâce. Catherine Farish pratique la gravure depuis vingt-cinq ans. Membre fondateur de l’Atelier Circulaire, elle a gagné de nombreux prix prestigieux. Elle a présenté plus de cinquante expositions, dont plusieurs aux États-Unis et en Europe.

Dans sa production récente, Nouer et Dénouer, Charlotte Fauteux met en scène des jalons de la création par l’expression du mouvement et d’une fluidité remarquable, compte tenu des contraintes qu’impose le maniement des outils de la gravure. Charlotte Fauteux expose régulièrement son travail à Montréal, notamment à l’atelier Circulaire où elle occupe des fonctions d’administratrice. Ses œuvres ont aussi été présentées en France, à Taiwan et au Mexique.

Pour Denis Saint-Pierre, la figure humaine est aussi le moteur d’un élan créateur irrésistible. La représentation du corps est ici indissociable du geste, du mouvement et de la pulsion. Nu, sexué, simplifié, il est à la fois sensuel et distant, inaccessible. Dans tous les cas, la figure humaine sert une appropriation joyeuse de la liberté de création, une quête de la pureté et du dépouillement. Membre fondateur de l’Atelier circulaire, Denis St-Pierre en a été le coordonnateur de 1995 à 1997. Depuis 1985, ses œuvres ont pu être vues à travers plusieurs expositions individuelles et collectives au Québec comme à l’étranger.

La démarche de François Vincent révèle une force tranquille, une énergie créatrice qui semble intarissable. Peintre, graveur, dessinateur, cet artiste polyvalent, engagé depuis plusieurs années dans l’enseignement, s’impose comme une figure marquante de l’art contemporain québécois. En gravure, l’artiste aborde des thèmes apparemment simples, inspirés du quotidien : la figure humaine, la nature morte, des objets de l’atelier, des structures monolithiques dépouillées. Ses œuvres en solo ont été présentées de nombreuses fois au Japon, en France et au Canada.

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15Oct

MICHEL VAN SCHENDEL (1929 – 2005) – UNE POÉSIE DE LA JUSTICE

Georges Leroux, Le Devoir, Livres
Publié le 15 octobre 2005
 
La disparition de Michel Van Schendel nous ramène à son oeuvre, elle nous dit la nécessité d’une autre lecture, ajustée sur l’horizon d’une voix qui se tait et continue néanmoins de réclamer. Ces temps derniers, le poète nous avait beaucoup donné, il avait multiplié les écrits, et sans que son écriture dont le timbre unique demeure toujours présent se disperse, elle s’était disséminée dans un nouvel espace. Je voudrais pour saluer sa mémoire tenter de dire cet espace où il nous appelle depuis ses derniers poèmes.

Son oeuvre déjà dense s’est ramifiée dans plusieurs directions nouvelles. Disséminée, ramifiée, on le notera à l’occasion d’un recueil qui invite à entrer au jardin, cette oeuvre n’a pourtant jamais quitté son terrain profondément politique, domaine où règne le conflit, où rien ne semble jamais vouloir s’apaiser. Je rappelle pour mémoire l’ouverture de son grand récit autobiographique, rédigé sur le mode d’une narration qui emprunte de multiples détours pour parler d’une vie vécue dans la poésie, mais aussi dans la revendication de justice. Engagements, luttes, combats, il y en eut beaucoup. De manière véhémente, porteuse souvent d’une colère bruyante, cette exigence imprégnait autant le poème que l’action. Dans un jeu d’allers-retours incessants, un zigzag entre le présent et le passé, entre l’enfance et le temps de la maturité, ce récit est d’abord un itinéraire qui entend rejouer, ensemble, le politique et le poétique. Un temps éventuel (L’Hexagone, 2002), c’est le titre de ce parcours fait de rigueur et de solidarité, qui nous raconte comment cet intellectuel et ce militant politique a construit ici une action qui est aussi une oeuvre de poète. Renonçant à nous guider, le poète abandonne la trajectoire toute faite et fait le voeu de ne pas nous perdre. N’est-ce pas le sens de cette communauté de l’éventuel? Tout peut arriver, la charpente peut céder, l’amour peut naître. Pour saluer Michel Van Schendel, ce récit ouvre tous les chemins.

Il nous était à peine offert que trois recueils venaient presque fuser en même temps: Choses nues, passage (L’Hexagone, 2004), L’Îil allumé. Contes de la colère triste (VLB éditeur, 2004) et Poèmes de flèche et de plume (Trait d’union, 2004). Poèmes purifiés par l’épreuve, denses, concentrés, de la plus haute exigence. Comme si cela n’était pas encore assez – et la mesure ne semblait jamais devoir être pleine, puisqu’il avait encore sur l’établi plusieurs livres -, le poète avait préparé avec Louis-Pierre Bougie un livre d’artiste, Le Jardinier (La Griffe d’acier, 2005), qui annonçait le dernier recueil publié: Mille pas dans un jardin font aussi le tour du monde (L’Hexagone, 2005).

C’est ce recueil qui définit le mieux l’espace où le poète nous convie. Plaçant nos vies au coeur de ce jardin, le poète jardinier ouvre ce nouvel espace de poésie qui est aussi une aire de pensée. La rumeur du monde, son tourment, y parvient-elle? Le tableau de Louis Pierre Bougie qui accompagne ce livre annonce tout, on y voit tourbillonner dans un vent qui les engage dans une rotation quasi céleste ces objets du monde et, comme en transparence, le poète attentif et presque effacé, allant son chemin dans l’épaisseur d’un univers rassemblé et turbulent. On y voit aussi notre image emportée dans un linceul noué. Le poète qui affronte cette turbulence pressent-il qu’il a atteint un nouveau seuil? Quand il en lut des extraits deVant ses lecteurs réunis à la librairie Gallimard le 15 septembre dernier, alors que ses forces déjà l’abandonnaient – et en particulier le dernier poème placé sous le signe de l’infini, Laisse-le -, chacun entendit un message de paix, un abandon, et reconnut un adieu. La révolte n’avait pas cédé, mais un répit avait pris forme.

Ces nouveaux poèmes sont présentés comme des poèmes du divers, cette diversité est celle du monde dans sa différence. Je lis l’ouverture, où il est question de reconnaître le monde, de le porter. Cette ouverture, je voudrais y insister, est à la fois une consigne de lecture, car elle exhorte en vue d’un propos d’unité et d’amour, mais aussi un aveu de détresse deVant toutes les fêlures et toutes les cassures par où cette diversité devient la blessure du monde, la violence, l’injustice. Casser, cassures, casses et cases, tout ce qui chute et se brise, tout ce qui se sépare et se plie pour se rompre, ce fracas est très sonore dans la suite de ces poèmes du divers, mais aussi tout ce qui dans le langage se rassemble et parvient par son nom à une existence apaisée, à une forme de consentement. Comme Héraclite, si je peux nommer ce qui se donne ici à penser sous la figure de la réconciliation impossible de l’un et du multiple, de l’arc et de la lyre, Michel Van Schendel est demeuré jusqu’au bout dialectique. M’en voudra-t-on de ce vieux mot, demeuré rivé au langage de l’utopie communiste, de l’atopie philosophique? Il ne le faudrait pas. Le poète écrit: «L’unité fomente l’opposé.» Tout se tient et s’expose dans cet acte, ce geste, ce propos: fomenter, c’est-à-dire de promouvoir en l’élaborant la diversité du monde, qui est toujours à la fois la richesse de l’altérité, de la différence, et l’abîme de la haine et de la violence. Conspirer en vue de la diversité. Encore Héraclite, tout est polemos. Le jardin lui-même est une lutte, un espace qui hésite entre l’abandon et la culture. Mais le divers recherche aussi son unité.

Thème oriental hérité du néoplatonisme arabe, le jardin nous fait remonter au mythe d’Adonis, à ces parfums secrets, à ces murets, à ces enclos où l’âme est invitée à découvrir tous les gestes de l’hospitalité et de la reconnaissance, et surtout à considérer les limites. Le monde peut y être parcouru dans son entièreté, il y est surtout reconstruit par les mains de ceux qui en travaillent la forme et qui font chaque fois le voeu de vaincre sa précarité et son désordre. Parlons un peu de cette fenêtre pour l’entendement, parlons du poète jardinier: que veut dire en effet faire le tour de son jardin comme on ferait le tour du monde? que veut dire même faire le tour? L’expression évoque une valeur de connaissance, une sorte d’intensité saturée, qui arrive à son terme: faire le tour, c’est toujours déjà avoir fait le tour, c’est connaître, c’est disposer sans dominer, c’est pour chaque être donc donner le nom que le premier jardin lui a permis de recevoir, thème adamique s’il en est, mais aussi kabbale poétique de tous ceux pour qui le jardin accueillit le premier poète au paradis.

Testament poétique
Ce recueil ultime forme le testament poétique de Michel Van Schendel, il nous invite à pénétrer dans cet enclos du monde pour aller à la rencontre des noms et des silences, des fatigues et des érosions du langage autant que de ses fugaces éclosions. Le don du poète est disposé comme le geste mille fois répété de parcourir pour faire, même si chacun sait que le tour est infini, inachevé et inachevable. Mille pas ne sont toujours qu’un pas, unique et sombre alors que «le buis de vie dure / […] / tient parole». On ne peut qu’accueillir encore l’imagerie végétale, ramifiée, disséminée de ces strophes de terre et d’air: ces «grumeaux d’arbre», ce «chêne des pauvres gens» où on entend la compassion du poète pour tous les démunis, les violentés, les opprimés. Cela, tous les jardiniers l’ont compris, eux qui refont chaque jour le monde en faisant leur jardin contre la violence du temps.

Les éléments, le monde, l’être, les êtres. Ici, comme si souvent dans ses recueils précédents, Michel Van Schendel veut faire jaillir de la masse indistincte du monde tout ce qui réclame le droit d’accéder à la parole, de demander le défendu. Sur ce seuil du langage se tiennent tant de pauvreté, tant de misère qui ne sont que des manques et des échecs du langage, là même où des paroles très simples, bien dirigées, arrivent autrement à faire être et s’agissant de l’humanité, à rendre dignes. Le poète, planté au milieu des gens, imagine et entend au-delà du présent contraignant, au-delà des morsures quotidiennes, l’appel d’autres figures encore innommées dans le temps de l’expérience, il connaît leur valeur, il veut être juste et il s’efforce vers le nom juste, même quand il s’agit de nommer ce qui manque déjà ou ce qui manquera toujours, la justice et le repos. Je retiens dans toute cette oeuvre un souci unique de dignité, de fidélité à tout ce qui réclame son nom et sa place. Les exemples ne manquent pas pour illustrer cette communauté dans l’effort de penser comme effort de faire être pour rendre justice. En témoigne ce texte placé en appendice sur les têtes coupées, hommage aux victimes, aux exclus, aux abattus. C’est du même souci, de la même ténacité, du même regard sur l’existence comme tâche et travail, mais aussi comme perte et disparition, que l’ethos de la poésie construit son alliance avec la pensée.

Lisant donc ce dernier recueil, il faut arriver à nommer cette volonté poétique du juste: il ne s’agit pas seulement de précision, mais aussi de rigueur, de sobriété, et aussi d’une amitié généreuse dans sa réclamation de justice. Mais cette recherche serait de pure forme si on n’y percevait pas, immédiatement et absolument, la simplicité, la pauvreté de ce qui est là, démuni, presque abandonné à son recueil. Et qui est justement l’exigence de justice du juste. S’il fallait, au moment de saluer la disparition de Michel Van Schendel, replacer ce recueil sur l’horizon de ce temps éventuel, de ce récit d’une vie politique et poétique de part en part, je dirais qu’il accomplit cette poétique de la justice mise en chantier depuis le début.

Collaborateur du Devoir

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17Sep

LOUIS-PIERRE BOUGIE – VOYAGE JUSQU’À L’ABSENCE DE BRUIT

Michel Bois, collaboration spéciale, Le Soleil, Arts Week-end
Publié le 17 septembre 2005
 
Pour le collectionneur, comme le critique et l’amateur d’art, voir poindre la nouveauté chez un artiste que l’on observe et apprécie depuis plus de 20 ans demeure un moment privilégié. Retour en force sur Québec, en passant par la Finlande et Paris, pour le graveur Louis-Pierre Bougie.

Il faut aller voir, à la galerie Lacerte, les très curieuses et très sombres oeuvres du graveur Louis-Pierre Bougie. Sous le titre Absence de bruit, l’exposition contient près d’une vingtaine d’oeuvres sur papier ainsi qu’un livre d’artiste intitulé Terre brune regroupant 25 gravures originales accompagnées des poèmes de Michel van Schendel.

Les oeuvres montrent les multiples métamorphoses de l’humain en train de s’accomplir. La feuille n’en est plus une, mais un personnage empruntant à sa couleur et à sa courbe. Le vase n’en est plus tout à fait un puisqu’une sorte de lutin vient d’en sortir à travers les volutes d’un serpentin de fumée. Ni nues ni habillées, ce qui importe est la fluidité des silhouettes comme en état d’apesanteur, s’avançant au gré des mutations sur la mobilité du fil délimitant la frontière du minéral et du végétal. S’agit-il d’images de la fin ou du début de la vie ? Difficile à dire, chaque élément mutant apportant la lumière progressive sur l’identification de tout ce qui se cache dans l’ombre tout autour. Ce personnage ne rampe-t-il pas comme une chenille ? Et cette chenille n’est-elle pas la prolongation d’un bourgeon menaçant d’exploser sous les pressions soutenues de la sève et des sucs distillés par l’imaginaire ?… Vous l’aurez compris, ces oeuvres fonctionnent comme des écrans de ce que l’on pressent. Rien à voir avec le clinquant des images que l’on gobe d’un seul coup d’oeil. Car tout s’y joue entre le flou et la netteté. Comme si, à l’intérieur des halos de lumière, venait paraître, tour à tour, non pas la nature des formes, mais l’âme des choses.

Impression trouble
Au plaisir intense que procure l’exploration de ces oeuvres si admirables se mêle pourtant une impression trouble. Les postures insondables des corps trahissent une absence de communication et de chaleur humaine. À ce propos, Bougie confiait, il y a quelques années, à Stéphane Aquin, historien de l’art, qu’il cherchait avant tout à illustrer des choses très simples, des faits vécus ou vus. Et que ses personnages, silencieux, courbés, à la fois lourds et agiles, participaient du même état, soit une attitude, un sentiment et une fermeture de l’être face au monde.

Bougie a vécu quatre mois en Finlande, un pays où les gens parlent peu. Et où l’on vit dans l’absence de couleurs et l’obscurité durant une bonne période de l’année, m’a-t-il dit lors d’une entrevue téléphonique. Le titreAbsence de bruit vient de là.

Et aussi du fait qu’un seul concerto est venu, jour après jour, donner le rythme de la création des dessins qu’il a transportés à Paris, lieu de la réalisation finale des oeuvres sous les presses du prestigieux atelier de gravure Lacourière et Frélault, à Paris. Un lieu qu’il a fréquenté durant sept ans par le passé. Mais Bougie n’est plus un graveur au sens rigoureux de l’appellation. Ses oeuvres uniques empruntent aux techniques du dessin, de la peinture, du collage et de la gravure. Je n’expliquerai pas ici la manière de créer ces oeuvres, l’artiste détestant que l’on aborde le sujet. Je vous dirai par contre que tous les fanas de Bougie (et plus encore les artistes) iront scruter à la loupe l’un des modes de création les plus intéressants depuis des décennies en art actuel. Sur ce, je termine en soulignant queLouis-Pierre Bougie est un des membres fondateurs de l’Atelier circulaire de Mont-réal. Qu’il a ainsi permis le renouveau en gravure pour de multiples générations d’artistes plus jeunes que lui. Qu’il a approfondi sa démarche en Europe et aux États-Unis. Que les oeuvres du Trifluvien se promènent partout dans le monde, sans oublier de dire qu’elles font partie de multiples collections publiques et privées, ce qui leur confère une cote internationale plus qu’enviable. On peut rencontrer l’artiste, aujourd’hui, jour du vernissage de l’exposition, entre 14 h à 17 h.

Absence de bruit, de Louis-Pierre Bougie, galerie Lacerte, 1, côte Dinan, jusqu’au 2 octobre

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16Déc

APOCALYPSE

L’Express d’Outremont / Mont-Royal
Publié le 16 décembre 2004
 
C’est l’apocalypse à Outremont! La Galerie d’art d’Outremont (41, avenue Saint-Just) présente une exposition remarquable regroupant 16 oeuvres des artistes Louis-Pierre Bougie, François-Xavier Marange, Francine Simonin etDenis Saint-Pierre. Les oeuvres du quatuor, présentées jusqu’au 23 décembre, sont accompagnées d’un texte signé Léo Rossandler.L’exposition aborde le thème de l’apocalypse. Cette exploration autour de la fin des temps, autour de différentes visions de désespoir, mais aussi d’espoir, constitue une opportunité pour ces artistes d’exprimer dans leurs oeuvres l’image d’un futur que personne ne peut prédire, mais dont les signes annonciateurs de catastrophes se multiplient. »L’apocalypse, on s’est dit ça un jour pour faire les malins. Après, en y pensant plus longuement, on a trouvé cela lourd à porter, même à quatre. Ensuite, pour régler le compte du destin, on s’est dit que c’était peut-être évitable, vu que certains, qui ne croient pas, ne l’associent qu’à saint Jean ou à Dieu. Il reste quand même qu’à force de réchauffement, l’enfer se rapproche », affirme François-Xavier Marange.L’artiste est-il prophète? L’avenir de l’humanité le concerne-t-il? La démarche créatrice, en référence à l’intimité des êtres, à l’imaginaire, mènera-t-elle à une nouvelle utopie? Recherche matérialisée dans l’oeuvre d’art de soi vers l’autre. Participation citoyenne aussi…

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5Mai

ARTS VISUELS – REFLETS DE LA CONDITION HUMAINE

David Cantin, Le Devoir, Les arts
Publié le 5 mai 2001
 
Louis-Pierre Bougie et compagnie (deuxième édition)
Une exposition à la galerie Madeleine Lacerte 1, côte Dinan À Québec Jusqu’au 15 mai 2001

Heureuse initiative de la part de la galerie Madeleine Lacerte, à Québec, que d’inviter pour une deuxième édition Louis-Pierre Bougie et une dizaine d’artistes à venir témoigner d’une approche contemporaine en gravure. Membre fondateur de l’Atelier circulaire, l’artiste montréalais poursuit une oeuvre qui interroge sans cesse notre présence au monde. On connaissait déjà l’exigence révélatrice ainsi que la mystérieuse beauté qui émanent de ses oeuvres. Voilà que Bougie invite d’autres créateurs de son entourage à produire, pour l’occasion, une série de trois gravures inédites sur un même thème. Le résultat surprend et enchante. Une véritable rencontre.

Une grande cohésion unit ce collectif qui a toutefois l’avantage de présenter des univers où figuration et abstraction se recoupent sans se nuire. Des repères sensibles sont donc particulièrement évocateurs en ces mondes étranges. On commence ce parcours en observant les trois petites gravures que Bougie peaufine à l’aide de contrastes saisissants entre le bleu et le noir. Les courbes de ces formes ramènent à une présence organique qui semble en pleine éclosion.

Chez François Vincent, le trait noir demeure beaucoup plus épais et reproduit une sorte de violence de la mémoire. L’humain et l’animal se rencontrent dans un mouvement des plus instinctifs. L’effet ne manque pas d’éclairer des détails qui surgissent d’une profondeur lumineuse. Le noir et le blanc définissent aussi la subtile Anarchie que Charlotte Fauteux transpose dans l’épaisseur de la ligne comme celle des formes qui éclairent l’invisible. Par ailleurs, Quatre corps de Jean-Pierre Sauvé opte pour des couleurs beaucoup plus vives. Entre le rouge, le vert et le noir, c’est le profil d’un corps immobile qui se dresse au milieu de toute sa verticalité. Est-ce un geste d’abandon ou de départ? Encore une fois, c’est la précision abstraite des lignes qui permet de supputer sur les transformations en cours d’une oeuvre à l’autre.

Regard d’enfant
Le mur du centre s’ouvre sur une étape transitoire entre les deux espaces de la galerie Lacerte. On retrouve, chez Jean-Pierre Morin et Elmyna Bouchard, la même vision du monde empreinte d’une naïveté tout enfantine. Artiste de Québec, Morin invente des Satellites qui adoptent de curieuses imperfections. Les rondeurs deviennent brutes et accumulent nécessairement des traces implicites.

On se souvient des oeuvres séduisantes qu’Elmyna Bouchard avait exposées en 1999 chez Lacerte. Ces trois gravures récentes impliquent toujours une superposition de la tache et du dessin. L’organisation revoie à une spontanéité, une poésie, de même qu’à un immense dépouillement de la forme. On retient d’ailleurs La Maison comme un exemple très convaincant de la recherche esthétique préconisée par Elmyna Bouchard. Un peu plus loin, les Intérieurs de François-Xavier Marange gravitent autour de représentations de cellules vivantes. On remarque immédiatement les qualités et l’expérience d’un graveur aussi talentueux que Marange. Il faut se rapprocher pour voir à quel point les détails se multiplient.

Chez Lucie Jolicoeur-Côté, les Arabesques capricieuses font ressortir une substance terreuse du pigment. Les bruns en viennent à se fondre dans les plaques de noirs. On s’interroge sur ce qui sépare ces îlots de matière.

Une frénésie semblable s’empare des Catalanes de Francine Simonin. Les contrastes, du vert à l’orangé, rappellent un ordre à l’intérieur du désordre, une harmonie qui surgirait du chaos. Un processus alchimique s’opère au cours de ce triptyque fait de métamorphoses.

Les deux derniers artistes s’inspirent principalement du nu féminin. Marc-Antoine Nadeau travaille à partir de couches de couleurs. On retiendra surtout cette splendide estampe, Femme étendue nue.

Par contre, dans le triptyque de Denis St-Pierre, Côtoiement insiste sur l’apparition comme sur la disparition de certaines parties de l’anatomie humaine. L’illusion fascine alors qu’une suite de curieux agencements ne fait que rapprocher l’énigme de vivre et l’acte de naître. Une façon étonnante de mettre fin à cette exposition.

S’il n’y a qu’un détour à faire dans une galerie de Québec ce printemps, on suggère très fortement d’apprécier l’émotion unique de ces maîtres contemporains de la gravure. Louis-Pierre Bougie et compagnie mérite tous les éloges.

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5Mai

EXPOSITIONS – LOUIS-PIERRE BOUGIE ET COMPAGNIE

David Cantin, Le Soleil, Primeurs
Publié le 5 mai 2001
 
Un air de famille réunit les gravures actuellement exposées à la galerie Madeleine Lacerte.

OEuvres inédites réalisées pour l’occasion par Louis-Pierre Bougie et ses acolytes, les pièces présentées possèdent toutes cette qualité de rendu particulière à l’Atelier Circulaire de Montréal, centre de création et de diffusion de l’estampe auquel se rattache la majorité des exposants. Parmi les 11 artistes représentés, j’ai plus particulièrement apprécié les travaux de Louis-Pierre Bougie, François Vincent, François-Xavier Marange et, surtout, d’Elmyna Bouchard, qui a réalisé des figurations très poétiques dont le graphisme quasi abstrait est emprunté à l’univers symbolique et stylisé de l’enfance. À signaler aussi, la présence de travaux de Charlotte Fauteux, Lucie Jolicoeur-Côté, Marc-Antoine Nadeau, Jean-Pierre Sauvé, Denis St-Pierre, Francine Simonin et Jean-Pierre Morin, sculpteur de Québec qui risque ici ses premières eaux-fortes! Des petits bijoux en somme! D.Q.

LOUIS-PIERRE BOUGIE ET COMPAGNIE, collectif en gravure. Jusqu’au 15 mai, à la galerie Madeleine Lacerte. 1, côte Dinan, Québec.
Du lun. au ven. de 9 h à 17 h et les sam. et dim. de 12 h à 17 h.

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15Jan

EXPOSITIONS – LOUIS-PIERRE BOUGIE

Dany Quine, Le Soleil, Primeurs
Publié le 15 janvier 2000
 
Pas étonnant que Louis-Pierre Bougie illustre la page couverture du numéro spécial de Vie des arts consacré au passage à l’an 2000. Il s’agit d’un dessinateur remarquable, unique en son genre, que la galerie Madeleine Lacerte présente jusqu’au 21 janvier. Si nous pouvons estimer en partie l’originalité d’une oeuvre en fonction de la facilité avec laquelle nous identifions son auteur, impossible de se méprendre sur le caractère particulier du travail de Louis-Pierre Bougie; pour le peu que nous nous intéressions à l’art qui se fait, l’origine des dessins qui enrichissent les murs de la galerie Madeleine Lacerte ne fait effectivement aucun doute.

Les étranges créatures et les curieux portraits que l’artiste trace à la pierre noire sur du vélin finement gravé évoluent dans un curieux univers où l’entendement n’a aucune prise. Les habitués de l’art de Bougie reconnaîtront d’emblée cette aisance et cette liberté qui, invariablement, accompagnent le geste créateur; comme à l’habitude, aucun déterminisme ne semble présider à l’élaboration des compositions. Les personnages imaginés par le dessinateur virtuose évoluent dans un monde toujours plus éthéré et épuré. Avec cette exposition, Louis-Pierre Bougie atteint une force expressive qui, à mon sens, tient d’une réserve, d’une économie de moyens en quelque sorte, que seuls les maîtres possèdent. D’année en année, ce créateur émérite ne cesse donc de raffiner un art pourtant accompli. Un classique à voir et à revoir.

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